Winnicott et la mère sufisamment bonne

Winnicott (1887-1971) est pédiatre de formation et devenu psychanalyste pour enfants en s'inspirant de Klein, et il va plus loin, dans l'apport de l'environnement primaire. I est à l'origine de l'affirmation qu'il n'y a pas d'enfant tout seul.
Le développement du concept de mère suffisamment bonne (good enough mother) se définit par trois actes nécessaires: le holding, le handling et l'object presenting.

Le holding, ou portage désigne la façon de porter l'enfant, de façon plus ou moins serrée contre soi, plus ou moins frôlant les murs avec la tête de l'enfant, il a une valeur affective. Le bon holding est celui de la mère: il est connu, rassurant. Il s'agit aussi d'une introduction du corps dans l'espace, il influe sur la gestion du risque et de la sécurité de l'enfant plus tard.

Le handling est la manipulation de l'enfant, la façon d'agir sur lui dans le cadre du soin (nourrissage, toilette, soin du cordon). Ces soins sont investis de différentes manières par les parents, et comprend de nombreuses sensations tactiles et auditives pour le bébé. On encourage d'ailleurs les parents à masser leurs enfants dans un but d'apaisement. Le soin est aussi accompagné de parole, quoique la pudeur à exhiber le lien affectif le rend difficilement observable. C'est par le handling que l'enfant peut dissocier son corps de l'environnement.

L'object presenting est la présentation de l'objet. Elle aide à découvrir le monde par petit bouts, de façon prémachée, d'information sur l'environnement. Il existait un courant aux USA prônant l'hyperstimulation des bébés, en leur présentant des opéras, tableaux de grands maitres etc. Il faut savoir cependant que l'enfant préfère des présentations simples d'objets ayant un connotation affective plutôt qu'une culture froide et impersonnelle. L'enfant préfèrera regarder un dessin de son frère plutôt qu'une œuvre de Picasso.

La zone de transition est la zone de chevauchement ente ce que l'environnement apporte et ce que l'enfant en fait (le remaniement intérieur en objets trouvés-créés). Le doudou est un objet traditionnel, il sert à incarner un bout de l'autre absent et qui est attendu.

L'idée de mère suffisamment bonne vient du fait qu'elle ne doit pas l'être trop. Si les parents comblent tous les besoins avant qu'ils se présentent, cela ne laissera pas à l'enfant l'occasion d'éprouver du désir. Cela entraverait la capacité de l'enfant à élaborer face au manque par exemple, à sentir le besoin, à avoir envie de quelque chose, à agir. Il se fait alors l'objet du désir de l'autre. Il ne faut donc pas être trop bon non plus. L'enfant a déjà à s'occuper de l'angoisse d'abandon, et une mère trop bonne y ajouterait une angoisse d'intrusion ainsi qu'un renforcement de l'angoisse d'abandon. Il est important à ce niveau de comprendre qu'on ne peut pas rattraper sa propre enfance à travers celle de l'enfant. L'enfant doit apprendre à être soi, tout seul, en présence de l'autre.

Le parent doit aussi faire face à sa propre ambivalence: la relation à l'enfant n'est pas tout amour, et une pulsion d'agressivité va s'exercer, notamment à travers, chez de nombreux jeunes parents, des rêves de mort de l'enfant, qui sont une façon d'exprimer cette part de nous.

Winnicott met aussi en évidence la préoccupation maternelle primaire. Elle est perçue un peu comme la maladie de la relation avec l'enfant. Elle s'exprime par le fait, durant les moments périnataux, que la mère s'éveille juste avant son bébé, quelques seconde à quelques minutes. La maman est hypervigilente et dépersonnalisée, et perçoit les micro mouvements de son enfant par empathie, lorsque celui ci commence à se réveiller. Cela permet la communication entre parent et enfant (cela peut aussi arriver au père).

Cela soulève la question de vivre avec l'autre, même à distance. Cette préoccupation est similaire en analyse, dans le sens ou l'on porte l'autre psychiquement. C'est thérapeutique d'être contenu dans l'appareil psychique de l'autre. Dans le cadre de la psychanalyse, il ne faut pas refouler les mouvements de pensée vers les patients, mais se demander pourquoi dans une situation particulière l'on a pensé à eux.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

je ne suis pas sur que l'exemple de picasso soit très pertinant, car ces oeuvre sont élaborer et très peu d'entre elles sont non représentative...
Ne parle tu pas plutôt de Miro!!!!

MyHér
(étudiante histoire de l art, anthropo, travail social)

Elia a dit…

La remarque est bonne, dans le sens où, si j'ai bien compris, cela sous entend que lorsque j'évoque picasso, je ne pense qu'à ses dernières oeuvres, alors qu'il a fait beaucoup de concret. A vrai dire, ce n'est pas l'artiste en lui même qui est concerné et j'aurais aussi bien pu dire Miro, ou même Rembrandt. Ce qu'il faut surtout entendre derrière, c'est qu'il s'intéressera a des choses qui sont proches de lui, *parce qu'il est impliqué émotionnellement avec les personnes qui les ont faites. A l'inverse, aussi grand soit leur art, il ne fera pas attention aux chef d'oeuvres d'inconnus (inconnu signifiant ici : personnes sortant de son cercle de "proches").

En tout cas, merci de partager avec nous cette remarque. Il est toujours intéressant de confronter les disciplines.

Bonnes révisions à tous!